Apartheid ? Vous avez dit « apartheid » ?

Aujourd’hui le discours politique se réduit de plus en plus au choc des mots. Dès lors les intérêts médiatiques et la course aux sondages ouvrent la voie à tous les excès de langage.

citoyenneteManuel Valls, lors de ses vœux à la presse, en a donné une nouvelle illustration en appelant « apartheid territorial, social, ethnique » la crise de nos banlieues. Le journal Le Monde.fr de s’empresser de donner dans la foulée le résultat d’un sondage qui place Manuel Valls devant Nicolas Sarkozypour la sécurité des français. « L »apartheid » de M.Valls plus efficace médiatiquement que le « Karcher » de N.Sarkozy ! 

Certes la concentration de toutes les précarités dans certains quartiers et les discriminations qu’elles engendrent est une évidence et la Ville de Perpignan n’y a pas échappé. Mais la stigmatisation par des mots violents qui renvoient à l’Afrique du Sud de Nelson Mandela ne peut masquer la faiblesse des moyens accordès par la Présidence Hollande à la politique de la ville.

Je rappelle que le Plan Borloo a injecté 50 Milliards d’Euros dans ces quartiers. Il fallait poursuivre sur le même rythme car la dynamique de reconquête impulsée est fragile.Valls_Toulouse_2012

Parler d’apartheid est une faute politique du premier Ministre et même une double faute lorsqu’il ajoute : « La citoyenneté – ne parlons pas d’intégration, oublions ces mots qui ne veulent rien dire – a besoin d’être refondée, renforcée, relegitimée ».

Pour ma part je crois au contraire que le mot « intégration », intégration dans la Cité, garde tout son sens. Refonder la citoyenneté est une nécessité qui permettra une pédagogie salutaire de la laïcité mais cela ne fera pas baisser, ni le chômage, ni la misère sociale !

Au contraire parler « d’intégration » c’est mettre au cœur de l’action la lutte contre l’exclusion économique qui est la première cause de l’exclusion sociale et culturelle. Intégrer dans la Cité c’est permettre l’accès au travail, à la formation, au logement, à la culture.

Le chemin vers la citoyenneté passe par l’intégration dans le monde du travail.

Nous étions des millions de « Charlie » le 7 janvier, fiers de nos diversités et des valeurs républicaines qui nous rassemblaient.

De grâce, Monsieur le premier Ministre ne cherchez pas l’audimat par le choc des mots. Laissez cela à l’extrême droite et la droite extrême, parlez plutôt de fraternité et de lutte contre le chômage et contre toutes les discriminations.

La question catalane interpelle la France et l’Europe

La presse française et tout particulièrement la presse nationale, s’intéresse peu aux débats qui secouent l’Espagne ; par ignorance de l’histoire de la péninsule ibérique ou par mépris pour tout irrédentisme la France jacobine semble se désintéresser de ce qui pourtant à terme pourrait modifier les équilibres géopolitiques de l’Europe méditerranéenne .

via-catalana-barcelona-11s2014-3Qui ne voit qu’un État catalan de huit millions d’habitants adossé à son histoire, sa culture et sa forte tradition démocratique, disposant d’une industrie très exportatrice, d’un port, plateforme privilégiée du commerce avec la Chine, d’un PIB équivalent à celui du Portugal, de la Finlande ou de la Grèce, pourra jouer un rôle actif dans le rééquilibrage de l’Europe en faveur des pays méditerranéen ? Qui ne voit que la question catalane renvoie à la construction d’une Europe démocratique et fédérale ?

Le refus madrilène d’accepter, comme l’a fait le royaume d’Angleterre la voie démocratique et pacifique, pour trouver une issue au conflit actuel peut ouvrir une crise majeure de l’Etat espagnol : si les partis Indépendantistes l’emportent, lors des élections plébiscite décidées par la Generalitat en septembre prochain, l’obstination de Madrid sera intenable sauf à provoquer un affrontement destructeur.

Comment les média et les élites françaises si promptes à s’intéresser aux moindres soubresauts du royaume de Belgique peuvent elles ignorer ce qui se passe sur notre frontière Sud où plus de deux millions de citoyens se sont déjà exprimés sur la question du droit au référendum des habitants de Catalogne ?Drapeau-Europe-Mouves

Le débat est à nos portes et nous sommes concernés en tant que citoyens européens : il nous appartient de nous informer pour comprendre et comprendre pour entendre le mouvement profond des peuples de l’Europe méditerranéenne .

Charlie j’écris ton nom ! 

Jamais depuis la Libération, Perpignan n’avait connu de manifestation aussi massive ; la France dans toute sa diversité de générations, de cultures, de religions, d’opinion politiques était là, dans des boulevards trop étroits pour contenir le flot de ces hommes et ces femmes levés de bon matin ce dimanche 11 janvier 2015 pour manifester leur volonté de défendre ce qui est notre bien commun le plus précieux : la liberté d’expression et la fraternité.

charlie1Moment de révolte contre la barbarie et de recueillement mais aussi moment de partage d’une fierté retrouvée d’être français, mais surtout moment historique de sursaut républicain qui s’oppose à tous les extrémismes, tous les fascismes et tous les racismes.

Il faut maintenant espérer et tout faire pour que demain soit différent d’hier : la classe politique saura t elle prendre la mesure du message exprimé ce dimanche ? La tuerie de « Charlie hebdo » a mis en evidence les failles de nos dispositifs de sécurisation du territoire : il faut les analyser sans complaisance et rapidement et rassurer les Français sur notre capacité à mieux les protéger.charlie 2

Au delà, c’est la République qu’il faut renforcer partout où elle s’est affaiblie : l’école et singulièrement les collèges, la ville fragmentée et ses quartiers d’exclusions livrés à toutes les violences, la culture sous toutes ces formes, ultime rempart contre la barbarie.
Il est urgent de remettre au centre du discours et de l’action politique les valeurs républicaines que le peuple français à hier massivement rappelées au monde entier

« Charlie », j’écris ton nom !

La Ville pour métier, la catalanité pour racines. La République, la laïcité, l’Europe pour horizons. La voile, l'aquarelle et le dessin pour s’échapper.